Par Amine Harmach | Le 9-5-2008 | in Aujourd’hui

Le Festival Samaâ de Marrakech a levé ses rideaux mercredi 7 mai avec le vernissage d’une exposition d’œuvres de calligraphes, deux concerts de Samaâ au pavillon de la Menara, le premier a été animé par l’ensemble Al Abbassiya de Marrakech, le second par l’ensemble musical du Pakistan. Organisé par l’association Al Muniya de Marrakech, cet événement qui se poursuit jusqu’au 11 mai, a pour ambition de préserver un patrimoine mondial artistique, culturel et spirituel à travers les rencontres, les chants et les musiques soufis et faire de Marrakech un haut lieu de médiation culturelle Orient/Occident.

«Nous souhaitons à travers ce festival faire découvrir l’identité culturelle profonde de Marrakech, répondre à un besoin de spiritualité de plus en plus croissant au Maroc et révéler les sagesses et les enseignements des grands Maîtres soufis à travers l’histoire», déclare à ALM Jaafar Kanfoussi, directeur du festival. Plusieurs activités figurent au programme de cette deuxième édition notamment des rencontres musicales avec différents ensembles venus du Maroc, de Mauritanie, du Sénégal, du Pakistan et d’Iran.

Des cénacles dédiés à la lecture de la poésie des grands maîtres soufis, accompagnée d’intermèdes musicaux sont également prévus ainsi qu’une exposition sur la calligraphie et les mosquées du monde. Le festival propose aussi un circuit dans les principaux mausolées et zaouïas de Marrakech où seront organisées des cérémonies soufies et des ateliers de formation en calligraphie, enluminure et art du chant spirituel.

En outre, cette deuxième édition du festival dédiera une journée en hommage à l’écrivain égyptien, Gamal Gitany, un grand ami du Maroc, de ses écrivains et de ses Maîtres soufis et cela pour sa contribution décisive au renouveau de la littérature arabe contemporaine dans sa dimension spirituelle. Par ailleurs, d’éminents professeurs universitaires et spécialistes nationaux et internationaux animeront des colloques autour de deux principaux thèmes. Le premier s’intitule «Les Miroirs des Princes», appelé également «Divan des Rois». Il s’agit d’un genre littéraire rédigé par les Sages et les grands Maîtres soufis à l’adresse des princes, axé sur la «Naçîha» (l’admonestation) prônant un art de vivre et une bonne gouvernance.

Ces trésors de sagesse universelle sont formulés par le truchement d’épopées initiatiques, de poèmes épiques, de romans ou encore de contes didactiques s’inspirant des hauts faits des héros légendaires de l’Islam ou reconduisant certaines figures emblématiques de l’Inde, de la Perse, de la Grèce et de Rome. Cette première thématique portera essentiellement cette année sur le Sultan Youssef Ibn Tachfine ( né en 410 h et mort en 500 h) , fondateur de la ville de Marrakech.

Le deuxième thème de ces colloques, «l’Insân Al Kâmil» s’attardera sur la notion de l’Homme universel parfait dans son rapport au concept de la nature et de son histoire dans les cultures respectives du monde musulman et de l’Occident antique et médiéval. Selon la tradition soufie, l’Homme est un abrégé du Monde. Il est créé selon la forme universelle divine et totalise en lui toutes les réalités cosmiques et méta-cosmiques.

C’est ainsi qu’il doit exercer sa connaissance sur le monde qui lui est confié et dont il a la charge. Cette doctrine atteint son aboutissement à partir du 13ème siècle (7ème siècle de l’hégire) et influence en profondeur les milieux soufis jusqu’à nos jours.
Ce festival aura démontré une fois de plus que la culture orientale et précisément soufie, repose plus sur l’écoute (Samaâ), une manière de s’écouter d’abord soi-même et d’écouter l’autre, différent qu’il soit.